Lorsque l’on pense à un film, une série ou une vidéo, on imagine souvent le tournage, les acteurs ou les effets spéciaux. Pourtant, une grande partie de l’histoire se construit après la prise de vue : au moment du montage. Il ne consiste pas simplement à assembler des séquences dans un ordre logique. Il permet de créer du rythme, de transmettre des émotions, de guider le regard du spectateur et parfois même de donner un sens totalement différent à une scène.
Au fil de l’histoire du cinéma, de nombreuses techniques de montage ont vu le jour. Certaines sont devenues incontournables, tandis que d’autres sont davantage utilisées pour produire un effet précis sur le public.
Le montage chronologique est probablement le plus intuitif. Les évènements sont présentés dans l’ordre où ils se déroulent, sans retour en arrière ni saut temporel majeur. Cette technique facilite la compréhension du récit et permet au spectateur de suivre naturellement l’évolution des personnages.
Exemple : Forrest Gump, Robert Zemeckis, 1994. Le film suit le récit de la vie de Forrest, de son enfance à l’âge adulte, dans un ordre chronologique. Ce choix permet au spectateur de suivre facilement son évolution et les différentes étapes de son parcours.
Le montage alterné consiste à montrer successivement deux actions différentes qui se déroulent au même moment mais dans des lieux distincts. Cette technique crée souvent du suspense puisque le spectateur suit simultanément plusieurs évènements destinés à se rejoindre.
Exemple : Le Silence des agneaux, Jonathan Demme, 1991. Lors de la scène finale, le montage alterne entre l’intervention de la police et Clarice qui avance dans la maison du tueur. Cette alternance crée une tension en faisant croire au spectateur que les deux actions vont se rejoindre.
Souvent confondu avec le montage alterné, le montage parallèle rapproche deux actions qui ne se déroulent pas forcément au même moment mais qui possède un lien thématique ou symbolique. L’objectif n’est pas de montrer une simultanéité, mais d’établir une comparaison ou une opposition.
Exemple : Le Parrain, Francis Ford Coppola, 1972. La scène du baptême alterne entre la cérémonie religieuse de Michael Corleone et les assassinats commandités par son clan. Le contraste entre l’image sacrée et la violence montre la transformation du personnage.

Le montage elliptique supprime volontairement certaines actions jugées peu importantes afin d’accélérer le récit. Le spectateur comprend ce qui s’est passé grâce au contexte sans avoir besoin de voir chaque étape.
Exemple : Rocky, John G. Avildsen, 1976. La célèbre scène d’entraînement résume plusieurs semaines de préparations en quelques minutes grâce à une succession rapide d’images. Le spectateur comprend la progression du personnage sans voir chaque action.
Le montage inversé construit l’histoire à rebours. Les évènements sont présentés en partant de la fin pour remonter progressivement vers le début. Cette structure modifie la perception du spectateur, qui découvre peu à peu les causes des évènements déjà observés.
Exemple : Memento, Christopher Nolan, 2000. Le film raconte une partie de son histoire en remontant progressivement dans le temps. Cette construction place le spectateur dans la même confusion que le personnage principal, qui souffre de pertes de mémoires.
L’effet Koulechov est l’une des expériences les plus célèbres de l’histoire du cinéma. Dans les années 1920, le cinéaste soviétique Lev Koulechov démontre qu’une même expression faciale peut être interprétée différemment selon l’image qui lui est associée. Cette théorie a profondément influencé le montage moderne en prouvant que le sens naît souvent de l’association entres plusieurs images.
Exemple : dans son expérience, un visage neutre est successivement montré après une assiette de nourriture, un cercueil puis une femme. Les spectateurs pensent voir la faim, la tristesse ou le désir sur le visage de l’acteur, alors que le plan utilisé est exactement le même.

Le montage expressif cherche avant tout à provoquer une émotion chez le spectateur. Ici, les raccords ne servent pas uniquement à raconter une histoire : ils participent directement à l’intensité dramatique de la scène. Le monteur peut par exemple accélérer le rythme des coupes, multiplier les gros plans ou juxtaposer des images fortes afin de renforcer la tension, la peur ou l’excitation.
Exemple : Requiem for a Dream, Darren Aronofsky, 2000. Le film utilise un montage très rythmé avec des plans courts et répétés pour représenter l’addiction des personnages. L’enchaînement rapide des images traduit leur perte de contrôle et accentue l’impact émotionnel.
Né dans le cinéma soviétique des années 1920, le montage soviétique repose sur une idée essentielle : l’association de deux images peut créer un nouveau sens dans l’esprit du spectateur. Le réalisateur Sergueï Eisenstein est l’une des figures emblématiques de ce mouvement. Il considère le montage comme un outil d’expression, capable de provoquer une émotion ou de transmettre une idée.
Exemple : Le Cuirassé Potemkine, Sergueï Eisenstein, 1925. La scène des escaliers d’Odessa alterne des images de soldats, de civils et de visages paniqués pour créer un sentiment de chaos. Eisenstein utilise le montage comme un outil de confrontation entre les plans afin de provoquer une réaction chez le spectateur.
Le montage de contraste consiste à rapprocher deux images opposées afin de souligner une différence ou de faire émerger une idée. L’opposition peut concerner les personnages, les lieux, les émotions ou encore les situations.
Exemple : Parasite, Bong Joon-ho, 2019. Le film oppose régulièrement l’univers luxueux de la famille Park et les conditions de vie précaires de la famille Kim. Ce contraste visuel entre les espaces, les décors et les modes de vie renforce le propos social du film.
Le montage associatif rapproche des images qui ne semblent pas forcément liées au premier regard afin de faire naître une interprétation chez le spectateur. Ici, le public est invité à établir lui-même les connexions entre les plans.
Exemple : 2001 : l’Odyssée de l’espace, Stanley Kubrick, 1968. La célèbre transition entre un os lancé dans les airs et un vaisseau spatial crée une association entre l’évolution de l’humanité et le progrès technologique. Deux images très éloignées dans le temps prennent ainsi un nouveau sens l’lorsqu’elle sont rapprochées.
Le montage analytique consiste à découper une action en plusieurs plans afin d’attirer l’attention sur des détails précis. Au lieu de montrer une scène dans son ensemble, le réalisateur et le monteur choisissent ce que le spectateur doit observer à chaque instant. On passe ainsi d’un plan large à des plans plus rapprochés.
Exemple : Psychose, Alfred Hitchcock, 1960. Dans la scène de la douche, Hitchcock découpe l’action en une multitude de plans courts sur le visage, le couteau ou l’eau. Ce découpage crée une impression de violence sans montrer directement le meurtre.
À l’inverse, le montage synthétique cherche à montrer une situation dans sa globalité. Les plans sont généralement plus larges et permettent de comprendre rapidement l’environnement, les personnages et leurs relations. Cette approche offre davantage de liberté au spectateur, qui peut observer l’ensemble de la scène plutôt que d’être guidé vers un détail précis.
Exemple : Les Temps modernes, Charlie Chaplin, 1936. Les scènes d’usine utilisent des plans larges montrant l’ensemble du décor et les mouvements des ouvriers. Le spectateur comprend ainsi l’organisation du travail et la place de Chaplin dans cet environnement.
Le champ / contre-champ est l’une des techniques les plus utilisées au cinéma et à la télévision. Elle consiste à alterner entre deux personnages qui se font face, généralement pendant un dialogue. Le spectateur découvre successivement les réactions, les expressions et les émotions de chacun, ce qui renforce l’immersion dans la conversation.
Exemple : Pulp Fiction, Quentin Tarantino, 1994. Les dialogues entre Jules et Vincent reposent souvent sur une alternance entre leurs deux visages. Cette technique permet de mettre en avant leurs réactions et la tension créée par leur échange.

Le montage en continuité vise à rendre les raccords aussi discrets que possible afin de donner l’impression que l’action se déroule naturellement. Pour y parvenir, le monteur respecte différents principes comme les raccords de regard, les raccords dans le mouvement ou encore la règle des 180 degrés, qui permet de conserver une cohérence spatiale entre les plans. Aujourd’hui, il s’agit du mode de montage le plus utilisé dans le cinéma grand public.
Exemple : Retour vers le futur, Robert Zemeckis, 1985. Le montage respecte les raccords classiques pour rendre les scènes fluides et naturelles. Les changements de plans restent invisibles afin que le spectateur se concentre sur l’histoire plutôt que sur la technique.
Le plan-séquence occupe une place particulière puisqu’il repose sur une seule prise, ou plusieurs prises assemblée de manière invisible pour donner cette impression. Même si les coupes sont réduites au minimum, le montage reste essentiel pour préparer le rythme de la scène et organiser les déplacements de la caméra.
Exemple : 1917, Sam Mendes, 2019. Le film donne l’impression d’être tourné en un seul plan continu en suivant les soldats au cœur de la Première Guerre mondiale. Cette technique renforce l’immersion en donnant au spectateur la sensation de vivre l’action en temps réel.

Le montage accéléré consiste à réduire volontairement la durée des plans afin de donner une impression de vitesse ou d’intensité. Plus les coupes sont rapprochées, plus le spectateur ressent une sensation d’urgence ou d’énergie. Cette technique est particulièrement utilisée dans les scènes d’action, les clips musicaux ou les contenus publicitaires pour capter rapidement l’attention du public.
Exemple : Le Loup de Wall Street, Martin Scorcese, 2013. Le film utilise des séquences au rythme très rapide pour montrer l’ascension fulgurante de Jordan Belfort, notamment lors des scènes de fêtes et d’excès. L’enchaînement des plans courts traduit l’énergie, la démesure et la perte de contrôle du personnage.
Le montage discontinu rompt avec la continuité classique du récit. Les raccords peuvent être brusques, les changements de plans inattendus et la chronologie parfois perturbée. Contrairement au montage en continuité qui cherche à être invisible, le montage discontinu attire l’attention sur la construction de l’image et rappelle au spectateur qu’il regarde une œuvre créée.
Exemple : À bout de souffle, Jean-Luc Godard, 1960. Les nombreux jump cuts (sauts dans l’image) de certaines scènes brisent la continuité classique, rappelant que l’on regard un film.

Le montage narratif désigne une manière d’assembler les plans principalement pour faire avancer l’histoire. Chaque image apporte une information utile au récit, présente un personnage ou fait évoluer une situation.
Exemple : Le Seigneur des anneaux : La Communauté de l’anneau, Peter Jackson, 2001. Le montage accompagne la progression du récit en reliant les évènements importants, les déplacements des personnages et les différentes étapes de leur quête. Chaque scène apporte une information nécessaire à l’évolution de l’histoire.

Le montage multipolaire consiste à suivre plusieurs personnages ou plusieurs intrigues qui évoluent en parallèle au sein d’un même récit. Contrairement au montage alterné, qui se concentre souvent sur deux actions simultanées, le montage multipolaire peut multiplier les points de vue et les trajectoires narratives. Cette technique est généralement adaptée aux films choraux où plusieurs personnages sont les protagonistes.
Exemple : Seules les bêtes, Dominik Moll, 2019. Le film suit plusieurs personnages dont les histoires se croisent progressivement autour d’une même disparition. Cette construction permet de découvrir les éléments selon différents points de vue et de reconstituer peu à peu la vérité.
Le montage de rythme repose sur la durée des plans et leur enchaînement pour créer une sensation particulière chez le spectateur. Un rythme rapide peut transmettre de l’action, du stress ou de l’excitation, tandis que des plans plus longs peuvent installer une ambiance calme, contemplative ou émotionnelle.
Exemple : Mad Max : Fury Road, George Miller, 2015. Le film alterne des plans très courts lors des scènes de poursuite pour créer une sensation de vitesse et de danger. Le rythme du montage devient un élément essentiel de l’intensité de l’action.
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